Ce 10000 mètres s’inscrivait-il dans la préparation du marathon olympique ?
- Tout-à-fait. A 9 semaines de l’échéance, il avait valeur de point de repères et permettait de jauger la forme du moment. Cependant, je voulais avant tout battre le record de France. Si l’on peut dire, cela faisait un moment que je courais après et dans le cadre de cette coupe d’Europe, j’avais une bonne opportunité de réaliser cet objectif.
De quelle manière s’est déroulée l’épreuve ?
- Déjà, il faut mentionner le fait que cette épreuve était très bien organisée. Depuis plusieurs années elle constitue un sélectif dans l’optique des grands championnats, pour de nombreuses nations. En l’occurrence, il s’agissait là de réussir les minima olympiques et la plupart des filles visaient un chrono sous les 31’45’’. A cet effet l’organisation avait recruté deux Ethiopiennes censées nous mener sur des bases de 31’40’’. L’une étant chargée d’impulser le rythme jusqu’au 4e km et l’autre de prendre la relève jusqu’au 7e km. La première est partie un peu vite et j’ai préféré me maintenir aux environs de la 12, 13e position, en queue du premier groupe à une allure de 3’10’’ au km. Ceci, afin de ne pas m’épuiser. Toutefois, je me maintenais à une distance correcte de la tête de course. Ensuite vers le 4e km, cela à ralenti. Donc, sans réduire ma vitesse j’ai pu me positionner devant au fil des tours. Je suis passé au 5000 mètres en 15’49’’ et à la 8e place. Ainsi, j’étais juste dans la limite d’un chrono final de 31’40’’. En plus à ce point de la course, je me sentais encore bien. Néanmoins, comme nous étions 42 athlètes sur cette piste, certaines ont commencé à prendre des tours et lorsqu’on les double, obligatoirement on perd des 10e de seconde. Mais comme à l’entame du 9e km, j’étais 4e et à proximité de la 3e, j’ai décidé de tout donner et j’ai fini très fort. J’ai accompli le dernier km en 3’04’’ et je suis monté sur le podium à 250 mètres du but.
Au fond, que t’a-t-il manqué pour passer sous les 31’30’’ ?
-Je manque encore un peu de compétitions et d’entraînement, car durant l’hiver j’ai été obligée de couper en raison d’une blessure et ensuite j’ai dû reprendre progressivement l’entraînement. Au final ce résultat est rassurant, car je sais que d’ici les JO, il y a encore moyen de monter en puissance.
Que s’était-il passé cet hiver ?
- J’ai été contrainte de couper 3 mois de novembre à janvier. Je souffrais d’une rupture partielle des ischios-jambiers. Plutôt que de persister à vouloir courir, j’ai opté pour la sagesse. J’ai bien pris le temps de me reposer et la vitesse revient progressivement. En fait, je trainais cette douleur depuis le Marathon de Chicago, où j’avais fini 5e en 2h26’41’’. Malgré la coupure qui a suivie, j’avais toujours mal et il était hors de questions d’envisager la préparation olympique dans de telles conditions. J’ai alors décidé de pousser les investigations, dans le but de définir la nature du mal et une fois le diagnostic établi, j’ai compris qu’il était crucial d’arrêter. J’aurais pu persister à courir, mais j’ai considéré que l’organisme m’adressait un signal d’alerte. Le fait de m’être résolue à couper m’a permis de résoudre ce problème. Maintenant je me sens libérée et j’ai vraiment retrouvé le plaisir de courir. Egalement je me dis que bien qu’ayant trainé ce souci en 2011, cela ne m’avait pas empêchée d’accomplir une saison correcte. Donc, j’espère être plus forte cette année. D’autant plus que cette coupure a permis à l’organisme de se régénérer et m’a redonnée du mordant au plan psychologique. Le seul souci, c’est qu’il faut accepter ce genre de situation et prendre le temps de revenir. Ce qui n’est pas évident, parce que les jours passent et l’on se dit que le délai entre la reprise et l’objectif risque d’être insuffisant. Dans ces moments l’ont prend une conscience accrue de l’importance de l’entourage. Notamment de l’entraîneur qui fait en sorte que l’on garde confiance en soi et qui démontre que l’on va mieux revenir.
Maintenant que va-t-il se passer ?
-Il me reste 8 semaines. Je vais les consacrer à 150% à l’entraînement, excepté les 10 km de Langueux le 23 juin destinés à casser la routine de la préparation, mais où je ne chercherai pas à battre un record. Sinon, je ne partirai pas en stage. Je préfère rester à l’INSEP, où l’on dispose de bonnes structures, où je serai au contact d’autres sélectionnés olympiques et où Cédric Thomas, mon entraîneur, aura la possibilité de me suivre au quotidien. Ce qui permettra d’ajuster précisément la préparation au jour le jour, en fonction de l’état de la forme et d’autres paramètres.
Concrètement en quoi va se résumer cette phase finale de la préparation ?
- Jusqu’à maintenant j’ai travaillé la vitesse. Désormais on va rajouter le kilométrage nécessaire au marathon, mais il va falloir faire attention à maintenir cette vitesse.
Ce record de France sur 10000 n’est-il pas synonyme d’une progression qui va également se retrouver sur le marathon ?
- Ce record je l’avais dans les jambes depuis un moment. Il me fallait juste trouver l’opportunité de concrétiser. Après, vu que j’ai réalisé 2h26’41’’ en étant blessée, je pense que je peux améliorer mon record de France sur marathon lors des JO, si les conditions sont réunies. Cela dépendra de la météo, de la forme du jour et des adversaires. De toute façon pour être devant, il faudra être au niveau du record de France, vu que depuis deux ans le niveau mondial est très relevé. La densité est même plus importante que chez les hommes, où les Africains dominent. Chez nous en plus des Ethiopiennes et des Kenyanes, il faut faire avec les Américaines, les Asiatiques et des Européennes.
Seule Française ne te sens-tu pas esseulée ?
-J’ai déjà vécu cette situation à Pékin. J’aurais bien aimé qu’il y ait d’autres sélectionnées, mais je suis la seule à avoir réussi les minima. Il est vrai que cela manque de densité dans le fond et le demi-fond au plan national. J’espère que d’autres filles parviendront à se qualifier à Rio en 2016. Je pense à Patricia Laubertie. Elle est jeune et elle a le profil.
Comptes-tu poursuivre jusque Rio ?
- Chaque chose en son temps. Je dois déjà me concentrer sur Londres 2012. Après j’ai 37 ans et mon corps a été mis à rude épreuve. J’envisagerai saison après saison. Je continuerai tant que ça ira et tant que demeurera le plaisir de courir. Au fond, je ne sais pas quand j’arrêterai. Il ne faut pas anticiper.
Qu’attends-tu de ces JO ?
- Depuis Pékin j’ai gagné en expérience. J’ai 5 à 6 marathons de plus dans les jambes et j’ai amélioré mes chronos, qui me permettent de me mêler à la lutte. J’essayerai d’être devant au contact le plus longtemps possible avec mes moyens du jour. Le déclic s’est produit à New York en 2009, lorsque j’ai fini 3e. Ce jour-là, j’aurais pu gagner. J’ai mené la course. Donc, j’ai prouvé que je peux être devant. Et quand j’ai terminé 6e en 2010, j’étais encore au contact avec Keitany et Kiplagat au 35e km. Je n’ai pas peur de me confronter à elles, même si elles sont très fortes. Ca reste la compétition d’un jour et il ne faut pas partir défaitiste. On verra le jour J. Tout est possible.
Retrouvez l'interview sur www.vo2.fr
- Tout-à-fait. A 9 semaines de l’échéance, il avait valeur de point de repères et permettait de jauger la forme du moment. Cependant, je voulais avant tout battre le record de France. Si l’on peut dire, cela faisait un moment que je courais après et dans le cadre de cette coupe d’Europe, j’avais une bonne opportunité de réaliser cet objectif.
De quelle manière s’est déroulée l’épreuve ?
- Déjà, il faut mentionner le fait que cette épreuve était très bien organisée. Depuis plusieurs années elle constitue un sélectif dans l’optique des grands championnats, pour de nombreuses nations. En l’occurrence, il s’agissait là de réussir les minima olympiques et la plupart des filles visaient un chrono sous les 31’45’’. A cet effet l’organisation avait recruté deux Ethiopiennes censées nous mener sur des bases de 31’40’’. L’une étant chargée d’impulser le rythme jusqu’au 4e km et l’autre de prendre la relève jusqu’au 7e km. La première est partie un peu vite et j’ai préféré me maintenir aux environs de la 12, 13e position, en queue du premier groupe à une allure de 3’10’’ au km. Ceci, afin de ne pas m’épuiser. Toutefois, je me maintenais à une distance correcte de la tête de course. Ensuite vers le 4e km, cela à ralenti. Donc, sans réduire ma vitesse j’ai pu me positionner devant au fil des tours. Je suis passé au 5000 mètres en 15’49’’ et à la 8e place. Ainsi, j’étais juste dans la limite d’un chrono final de 31’40’’. En plus à ce point de la course, je me sentais encore bien. Néanmoins, comme nous étions 42 athlètes sur cette piste, certaines ont commencé à prendre des tours et lorsqu’on les double, obligatoirement on perd des 10e de seconde. Mais comme à l’entame du 9e km, j’étais 4e et à proximité de la 3e, j’ai décidé de tout donner et j’ai fini très fort. J’ai accompli le dernier km en 3’04’’ et je suis monté sur le podium à 250 mètres du but.
Au fond, que t’a-t-il manqué pour passer sous les 31’30’’ ?
-Je manque encore un peu de compétitions et d’entraînement, car durant l’hiver j’ai été obligée de couper en raison d’une blessure et ensuite j’ai dû reprendre progressivement l’entraînement. Au final ce résultat est rassurant, car je sais que d’ici les JO, il y a encore moyen de monter en puissance.
Que s’était-il passé cet hiver ?
- J’ai été contrainte de couper 3 mois de novembre à janvier. Je souffrais d’une rupture partielle des ischios-jambiers. Plutôt que de persister à vouloir courir, j’ai opté pour la sagesse. J’ai bien pris le temps de me reposer et la vitesse revient progressivement. En fait, je trainais cette douleur depuis le Marathon de Chicago, où j’avais fini 5e en 2h26’41’’. Malgré la coupure qui a suivie, j’avais toujours mal et il était hors de questions d’envisager la préparation olympique dans de telles conditions. J’ai alors décidé de pousser les investigations, dans le but de définir la nature du mal et une fois le diagnostic établi, j’ai compris qu’il était crucial d’arrêter. J’aurais pu persister à courir, mais j’ai considéré que l’organisme m’adressait un signal d’alerte. Le fait de m’être résolue à couper m’a permis de résoudre ce problème. Maintenant je me sens libérée et j’ai vraiment retrouvé le plaisir de courir. Egalement je me dis que bien qu’ayant trainé ce souci en 2011, cela ne m’avait pas empêchée d’accomplir une saison correcte. Donc, j’espère être plus forte cette année. D’autant plus que cette coupure a permis à l’organisme de se régénérer et m’a redonnée du mordant au plan psychologique. Le seul souci, c’est qu’il faut accepter ce genre de situation et prendre le temps de revenir. Ce qui n’est pas évident, parce que les jours passent et l’on se dit que le délai entre la reprise et l’objectif risque d’être insuffisant. Dans ces moments l’ont prend une conscience accrue de l’importance de l’entourage. Notamment de l’entraîneur qui fait en sorte que l’on garde confiance en soi et qui démontre que l’on va mieux revenir.
Maintenant que va-t-il se passer ?
-Il me reste 8 semaines. Je vais les consacrer à 150% à l’entraînement, excepté les 10 km de Langueux le 23 juin destinés à casser la routine de la préparation, mais où je ne chercherai pas à battre un record. Sinon, je ne partirai pas en stage. Je préfère rester à l’INSEP, où l’on dispose de bonnes structures, où je serai au contact d’autres sélectionnés olympiques et où Cédric Thomas, mon entraîneur, aura la possibilité de me suivre au quotidien. Ce qui permettra d’ajuster précisément la préparation au jour le jour, en fonction de l’état de la forme et d’autres paramètres.
Concrètement en quoi va se résumer cette phase finale de la préparation ?
- Jusqu’à maintenant j’ai travaillé la vitesse. Désormais on va rajouter le kilométrage nécessaire au marathon, mais il va falloir faire attention à maintenir cette vitesse.
Ce record de France sur 10000 n’est-il pas synonyme d’une progression qui va également se retrouver sur le marathon ?
- Ce record je l’avais dans les jambes depuis un moment. Il me fallait juste trouver l’opportunité de concrétiser. Après, vu que j’ai réalisé 2h26’41’’ en étant blessée, je pense que je peux améliorer mon record de France sur marathon lors des JO, si les conditions sont réunies. Cela dépendra de la météo, de la forme du jour et des adversaires. De toute façon pour être devant, il faudra être au niveau du record de France, vu que depuis deux ans le niveau mondial est très relevé. La densité est même plus importante que chez les hommes, où les Africains dominent. Chez nous en plus des Ethiopiennes et des Kenyanes, il faut faire avec les Américaines, les Asiatiques et des Européennes.
Seule Française ne te sens-tu pas esseulée ?
-J’ai déjà vécu cette situation à Pékin. J’aurais bien aimé qu’il y ait d’autres sélectionnées, mais je suis la seule à avoir réussi les minima. Il est vrai que cela manque de densité dans le fond et le demi-fond au plan national. J’espère que d’autres filles parviendront à se qualifier à Rio en 2016. Je pense à Patricia Laubertie. Elle est jeune et elle a le profil.
Comptes-tu poursuivre jusque Rio ?
- Chaque chose en son temps. Je dois déjà me concentrer sur Londres 2012. Après j’ai 37 ans et mon corps a été mis à rude épreuve. J’envisagerai saison après saison. Je continuerai tant que ça ira et tant que demeurera le plaisir de courir. Au fond, je ne sais pas quand j’arrêterai. Il ne faut pas anticiper.
Qu’attends-tu de ces JO ?
- Depuis Pékin j’ai gagné en expérience. J’ai 5 à 6 marathons de plus dans les jambes et j’ai amélioré mes chronos, qui me permettent de me mêler à la lutte. J’essayerai d’être devant au contact le plus longtemps possible avec mes moyens du jour. Le déclic s’est produit à New York en 2009, lorsque j’ai fini 3e. Ce jour-là, j’aurais pu gagner. J’ai mené la course. Donc, j’ai prouvé que je peux être devant. Et quand j’ai terminé 6e en 2010, j’étais encore au contact avec Keitany et Kiplagat au 35e km. Je n’ai pas peur de me confronter à elles, même si elles sont très fortes. Ca reste la compétition d’un jour et il ne faut pas partir défaitiste. On verra le jour J. Tout est possible.
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